L’autre pillage du bois rouge dans le Haut-Katanga

Le Pterocarpus angolensis (mukula) du Haut-Katanga, dit « bois rouge », continue d’être pillé avec entrain dans le territoire de Kasenga. Malgré l’existence d’un document de l’autorité provinciale en charge de l’environnement interdisant l’exploitation de cette essence végétale, la population locale est perplexe de revoir s’intensifier le trafic de grands camions, dont certains sont immatriculés en Tanzanie et conduits par des sujets tanzaniens, transportant de grumes de ce bois précieux. Les villages Boa, Kasomeno, Ngonga et l’intérieur de Sapwe vers la Luapula, pour ne citer que ceux-là, sont le théâtre de ce spectacle déplorable. A la manœuvre, d’intrépides trafiquants de bois, tapis dans l’ombre, déterminés à poursuivre, contre vents et marrées, l’illicite besogne largement juteuse. Le plus célèbre de ces contrebandiers téméraires est nommé Kabongo, pour ne pas le citer, réputé dans l’écocide de cette essence précieuse dans la région, sans aucune réalisation communautaire. Son homme de main est un certain pasteur, chargé des opérations d’évacuation de ce butin de la honte vers des endroits autrement plus accessibles aux grands véhicules.

Ces hommes soudoient quelques chefs coutumiers et manipulent quelques jeunes villageois désœuvrés pour évacuer vers Lubumbashi des cargaisons entières de grumes du célèbre produit ligneux de la forêt des miombo, destinées au marché chinois. Ils prétextent ramasser des grumes coupées jadis, dans les conditions les plus illégales, en tout cas en violation délibérée des dispositions du Code forestier et, en plus, n’ayant profité en rien aux communautés riveraines. Ce ramassage frauduleux qui, en réalité, participe de l’exploitation et n’en est qu’une étape, avait été suspendu par le Gouvernement congolais et, par la suite, interdit par le Gouvernement du Haut-Katanga. Contre toute attente, il reprend allégrement, non sans y associer quelquefois les produits de nouvelles coupes clandestines constatées à certains endroits.

A la surprise générale, ce pillage déguisé n’attire point l’attention des autorités compétentes, moins encore des services dits de sécurité. Les camions chargés de grumes franchissent toutes les barrières de sécurité, et même la douane de Kasumbalesa, avec une facilité étonnante, de quoi se faire une idée exacte sur l’excellente santé de la corruption dans notre pays.

Nous ne le dirons jamais assez : un produit ligneux prélevé illégalement et anarchiquement sur la forêt appartenant à la nation congolaise ne peut, sous aucun prétexte,  revenir à l’auteur de cet acte délictueux. En tout état de cause, ce produit revient de droit à l’Etat congolais qui, malheureusement, le laisse pourrir dans la forêt. Dans le cas précis, les grumes issues de l’exploitation anarchique et irrégulière puis abandonnées dans notre écorégion ne peuvent légalement appartenir à nouveau à ceux qui les ont coupées en violant la loi sur l’environnement, au mépris du bénéfice que devraient en tirer l’Etat congolais et les communautés locales.  Ce qui se passe chez nous n’est, ni plus ni moins, qu’un pillage éhonté. Il faut l’arrêter. Il revient au seul Gouvernement provincial de disposer des grumes abandonnées dans la forêt par des pillards impénitents.

                                                                        Fait à Kasenga, le 26 novembre 2020

                                                                                           Mgr Fulgence MUTEBA

                                                                                         Evêque de Kilwa-Kasenga

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